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COMMUNIQUE DE PRESSE

100 ha de photovoltaique à Bulhon et Culhat : ne tombons pas dans le panneau

10.12.2025

Suite à la conférence de presse organisée ce matin, voici un communiqué apportant des informations complémentaires sur le projet photovoltaique du Gondérat et Vica, et la situation du recours de la Conf63, FNE63 et plusieurs voisins.

La Confédération Paysanne du Puy-de-Dôme, la France Nature Environnement 63 ainsi que plusieurs voisins du projet ont déposé un recours contre la délivrance de deux permis de construire à la société Photosol Développement pour la construction d'un parc photovoltaïque au sol dit du Gondérat et Vica sur les communes de Bulhon et Culhat (63). Ce parc serait construit sur des terrains agricoles d'une taille totale de 103 hectares, pour une surface clôturée de 95 hectares. Il s'agit de loin du plus grand projet du département.
Le projet a été initialement refusé par la préfecture en 2022. Après des recours juridiques de Photosol Développement, la Cour d'Appel Administrative a contraint le Préfet a délivré un permis de construire. L'Etat a lui-même engagé un recours au Conseil d'État, qui n'a pas encore été statué.

Un peu de contexte
Au delà de leur taille excessive, les parcelles du projet ne sont pas anodines.
Elles appartiennent en effet au GFA Aymard, dont les parts sont majoritairement controlées par Philippe Aymard. Ce GFA gère en total 375ha, la taille moyenne d'une ferme étant plutôt de 67ha dans le département. Philippe Aymard, agriculteur retraité, est également ancien dirigeant de Limagrain et ex-PDG de Vilmorin.
Les parcelles, initialement recouvertes de forêts, ont été défrichées dans les années 70 pour agrandir la ferme du père de M. Aymard, et y produire en grandes cultures.
D'autres projets non-agricoles ont été portés ces dernières années sur ces parcelles, l'installation d'éoliennes, un projet d'usine de retraitement des déchets, le projet Pizzorno, qui a provoqué une résistance des habitants du village entre 2009 et 2013. La vocation agricole de ces terres ne semblent donc pas primordiale pour leur propriétaire.

Pour d'autres précisions sur ce projet, il faut savoir que le porteur de projet, la société Photosol Développement, appartient au groupe Rubis, une multinationale connue pour ses activités pétrolières et dont Dassault fait partie des principaux actionnaires.

Photosol Développement entend se parer d'un alibi agricole en faisant pâturer des moutons sous ses panneaux. Nous souhaitons préciser que les éleveurs concernés n'ont en réalité rien de futurs installés en mal de foncier : le premier a déjà 136 ha en grandes cultures, le second couple 100 ha et un poulailler pouvant accueillir 33.000 poulets.

Un non-sens agronomique
Contrairement à ce que veulent nous faire croire les énergéticiens, recouvrir les champs de panneaux solaires ne rend pas des services à l'agriculture. L'herbe, comme tous les autres végétaux, a besoin de soleil pour pousser, et un projet comme celui de Photosol ferait de l'ombre sur environ 50 % des parcelles. Selon plusieurs chercheurs de l'INRAE (1) cela représente plus de 40 % de perte de rendement de la parcelle, donc bien moins d'herbe pour nourrir les animaux.
Il faut également ajouter que l'installation des panneaux et des infrastructures nécessaires  représente une importante perturbation des sols et une artificialisation à long terme.
Ces paramètres ne sont pas pris en compte par le porteur de projet : comment garantir que dans 2 ans, 10 ans ou 20 ans l'activité agricole perdurera réellement et pas sous la forme d'un simple entretien de parcelle ?

Un non sens pour le territoire
Comme l'indique plusieurs acteurs locaux consultés, ce projet est également un non-sens pour le territoire. La CDPENAF (2), commission départementale consultée sur les projets d'artificialisation des terres agricoles et composée notamment de représentants de la Chambre d'Agriculture et de tous les syndicats agricoles, s'y est opposée à l'unanimité. De même le Parc Naturel Régional a donné un avis négatif car il est opposé au photovoltaïque au sol sur son territoire, parce que ce projet ne permet pas l'installation de nouveaux paysans, et ne va pas dans le sens des besoins alimentaires du territoire.
La Confédération Paysanne s'oppose spécifiquement au développement de l'agrivoltaisme pour ces conséquences à moyen terme pour l'agriculture du territoire : déstabilisation du marché foncier agricole, déstabilisation du prix de la viande et du lait, perte d'autonomie dans les pratiques agricoles et précarisation des paysans.
D'ici 10 ans, la moitié des agriculteurs et agricultrices devraient partir à la retraite. C'est une quantité de foncier monumentale qui va « se libérer ». Nous espérons que ce foncier profitera à des milliers voire des millions de nouveaux et nouvelles paysannes, et pas aux multinationales.

Halte à la concurrence entre production d'énergie et alimentation
On cherche ici à masquer un projet financier derrière l'apparence vertueuse des énergies renouvelables. De nombreux autres projets photovoltaïques ou de méthaniseurs risquent de transformer l'agriculture en sous-produit de la production d'énergie.
Des centaines d'hectares par département risquent de perdre leur vocation alimentaire dans les prochaines années, et des centaines d'autres de servir à transporter et stocker l'électricité ou extraire des minerais.
Cette perte du foncier agricole va enfin de pair avec les accords de libre-échange comme le projet d'accord UE* Mercosur*. « Produisons donc de l'énergie ici, et importons notre alimentation du bout du monde ! » Il nous faut mettre un coup d'arrêt aux appétits des grandes multinationales et protéger nos terres agricoles.

[1] Concertation publique de chercheurs de l'INRAE sur le décret d'application de la loi APER concernant l'agrivoltaisme, 16/01/2024, accessible sur : https://coordo-nationale-photorevoltee.org/wp-content/uploads/2025/09/Contribution-INRAE-a-Concertation-publique-decret-agrivoltaisme.pdf
[2] Commission Départementale de Protection des Espaces Naturels, Agricoles et Forestiers


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